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LE SUJET DIGITAL
2012 - 2016

Bots, wares, mirrors
Par David Apheceix

Université Paris 8

Résumé de l'article

Une application sociale en cours de développement, à la fois moteur de recherche et interface, fruit de recherches conceptuelles, formelles et technologiques, constituera la base d’une spéculation sur les modes de subjectivité en jeu à travers elle.

 

Talebot est un index rerum algorithmique donnant une forme graphique quelconque à chaque chose formulable. Cette plastique d’éléments de langage, propre mais abstraite, facilite la représentation visuelle de combinaisons et les croisements par des algorithmes. En choisissant quelques mots les utilisateurs génèrent leur représentation temporaire aux autres, et agencent une proximité de sens avec les utilisateurs en ayant en commun. Cette interface leur permet de partager à l'échelle du monde l’étonnement de ces proximités, et tout ce qu’elles peuvent engendrer.

 

En tant qu'elle opère la réduction d'artefacts en signaux facilement échangeables, l'application questionne la mobilisation d’objets et, en poussant dans l'abstraction leur représentation visuelle, souligne leur qualité de moyen plutôt que de fin, puisque leur forme propre et leur forme de biais s’amalgament. Zone de frottement entre soi et les autres, l’application est l’environnement-outil d'une expression de soi faite de petits témoignages nichés au coeur de l'expérience de son mode de vie quotidien. Si Mallarmé parle en 1889 d’« universel reportage » pour désigner les récits faibles du quotidien par lesquels les choses se font et se racontent en même temps, Agamben voit « l’être-dans-le-langage même comme médialité pure, l’être-dans-un-moyen comme condition générique irréductible des Hommes ». Le talebot ne se constitue que de signaux qu’il combine opportunément dans le projet d’une médiation, tentative d’un commun équivoque vers le déroulé de l’expérience sociale. Il pointe, à travers les moyens qu’il déploie, vers des adresses invisibles, des objectifs lointains, fuyant comme un « mirror » sur internet : pur instrument de navigation dans la vie et face au monde, il s’efface au profit de sa cible, reflet présent d’un prochain vers lequel on veut tendre mais sans avoir de chemin visible pour y arriver. Il nous donne un certain compte rendu sur la valeur d’accès à l’autre à disposition. Ce qui semble importer c'est la continuité à travers lui.

 

Notice biographique

David Apheceix est diplômé de l’École nationale supérieure d’architecture Paris-Malaquais en 2008, et complète depuis 2013 un master de Philosophie et Critiques contemporaines de la culture à Paris VIII. Il est co-fondateur des groupes d'architecture La Ville Rayée en 2006 et Salon bureau chambre en 2014, dont les projets oscillent entre conception d’objets, d’espaces domestiques et d’exposition ainsi que des recherches sous forme de publications. Cherchant à étendre le champ de l'architecture dans une catégorie plus large des dispositifs médiatiques, il développe ses recherches à travers des studios intensifs d'enseignement à l'École d'Architecture Paris Malaquais (Idées courtes en 2011, Duplex en 2012, Embedded en 2013) et des conférences ("Avoir des mots" à l'école Boulle et l'École Spéciale d'Architecture, "Life-Style Autonomism" au New Generation Festival à Florence). Depuis 2014, il développe un outil à l'intersection de ces problématiques sous forme d'une application digitale, Talebot, avec une équipe de développeurs et de designers graphiques.

 

Mots-clefs

Talebot ; subjectivité ; médiations ; wares ; mirrors.

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