Un projet Labex Arts H2H
 
en /fr
LE SUJET DIGITAL
2012 - 2016

Code Takes Command: pratiques créatives et stratégies d’auctorialité
Par Odile Farge

Docteure en Sciences de l’information et de la communication, université Paris 8

Résumé de l'article

Si nous regardons les interfaces d’outils-logiciels qu’utilisent les créateurs d’œuvres de littérature numérique, nous constatons qu’elles proposent souvent et c’est le cas pour Adobe Flash ou WordPress, un couplage entre le texte (le code) et l’image (l’interface visuelle). Ce couplage, en partie destiné à valoriser une appropriation du logiciel par l’utilisateur, opère un glissement et positionne le code, non plus comme un simple outil mais également comme un moyen de préserver l’intentionnalité de l’auteur. En effet, derrière chaque interface, le langage-machine opère une série de calculs en temps réel, parfois à l’insu de l’utilisateur. L’intériorisation du code par la machine renforce une absence de transparence. Il ne semble possible de contourner les prescriptions faites par les outils-logiciels que par une appropriation d’un certain nombre de compétences.  


Aussi, dans cette communication, nous soulèverons deux préoccupations majeures :


Comme toute la surface d’une œuvre à l’écran est engendrée par des lignes de code, notre première question est celle de savoir si l’auteur de littérature numérique doit avoir une idée du fonctionnement de ces codes, ou même être capable de programmer lui-même. En effet, la pratique ou non du code influence la production de l’œuvre, et conditionne le rapport à l’outil-logiciel, lui-même fondé sur le code. Comment les auteurs de littérature numérique s’emparent-ils alors de ce code pour dépasser les propositions de l’outil-logiciel et quelles sont les implications de certaines pratiques de programmation ?  


Dans une approche socio-sémiotique, nous donnerons l’exemple de Processing, comme révélateur de l’importance du code, mais aussi, quelles sont les conséquences sur l’auctorialité d’une œuvre de littérature numérique ? Dans notre travail de recherche, nous avons questionné certains auteurs pour sonder leurs perceptions de l’outil-logiciel dans la création de leurs œuvres numériques mais également la façon dont ils appréhendaient le code informatique dans leur création. A ce titre, nous apporterons des éléments de réponses sur leurs imaginaires et leurs postures face au code en nous demandant quelle figure d’auteur le code offre-t-il.


Comme l’outil-logiciel s’appuie sur l’imaginaire pour entrer en relation avec l’auteur d’une œuvre, le code mobilise-t-il des imaginaires susceptibles de déterminer la trajectoire de création d’une œuvre numérique ? Dans ce contexte, quelles réponses les auteurs formulent-ils à la machine ou au logiciel ? Autrement dit, les stratégies mises en place ne sont-elles pas une manifestation d’une conscientisation des énoncés de l’outillogiciel contre lesquels certains entrent en résistance ?

 

Notice biographique

Odile Farge est docteure en Sciences de l’information et de la communication. Au sein du laboratoire Paragraphe de l’université Paris 8, ses activités de recherche s’organisent principalement autour d’axes tels que la littérature numérique, l’outil-logiciel et la culture numérique. Dans une approche socio-sémiotique des écritures numériques, au croisement entre informatique, arts, lettres, sciences humaines et sociales, son domaine de recherche est celui des humanités numériques où elle analyse des outils de création dans une perspective critique.
Sa thèse de doctorat s’intitule « Rhétorique de la conception » : pour une prise de conscience des stratégies de l’outil de création. Proposition d’une typologie de postures d’auteurs.

Ajouter un commentaire

Un projet Labex Arts H2H