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LE SUJET DIGITAL
2012 - 2016

Colloque Le Sujet Digital 2015 : Codes

Le sujet digital 4 - codes

16-20 novembre 2015

Université Paris 8/ Archives nationales / Ensad

entrée libre

Le colloque ouvrira le lundi 16 novembre 2015 au soir par une Conférence Hybride de Grégory Chatonsky.

Conférences plénières de David Berry (U. of Sussex), Grégory Chatonsky (chercheur et artiste indépendantt), Alexander Galloway (NYU), Nick Montfort (MIT)

 

 

Les langues du colloque seront le français et l'anglais.

 

Appel à communication

 

Le dispositif de sens emblématique de notre époque semble bien être désormais l'articulation entre le code numérique binaire et l'interface avec l'utilisateur, sur écran ou sur le net. Un tel dispositif conduit à la multiplication des travaux sous-marins d'encodage et d'annotation des contenus, à la fois pour leur archivage et leur affichage : la question des méta-données automatiques (temps, taille du fichier, format) ou choisies (mots-clefs, intégration dans une arborescence) devient cruciale, pas seulement sur le plan technique, mais comme mode d'organisation de nos savoirs et de nos mémoires, influant sur notre rapport à l'histoire.

 

Sur le plan littéraire, le passage de l'écriture au code informatique démultiplie les possibilités (articuler les médias, ouvrir des navigations-lectures inédites dans les contenus), mais elle génère également une forme d'opacité: le feuilletage du contenu - entre ce qui est affiché, ce qui est annoté et ce qui est archivé - introduit des hiérarchies et des blocages, la lecture profane n'est plus que l'exploration de la partie émergée de l'iceberg numérique.

 

Ces pratiques essaiment à leur tour dans la vie quotidienne, la présentation de soi sur les réseaux sociaux reprenant les mêmes processus de mots-clefs, requêtes et mise en interface, créant de nouveaux codes sociaux. Il en va de même en économie, via le e-commerce. La gestion des données personnelles, la question de leur contrôle collectif et individuel, sont ainsi devenues un enjeu clef de nos sociétés.

 

Parallèlement à l'évolution des pratiques, la manipulation du code ubiquitaire et opaque suscite de nombreux fantasmes, tantôt paranoïaques, tantôt scientistes et souvent articulés sur la proximité du code avec l'ADN ou de la physique quantique. En outre, pour la physique quantique, l'univers serait basé non pas sur la matière, mais sur l'information : le rapport au monde n'est plus alors fondé sur le couple présence/absence, mais sur une opposition modèle/chaos héritée de la cybernétique, applicable également à la subjectivité comme l'a fort bien montré N. K. Hayles. D'où le rêve d'une toute puissance sur la matière : les tenants de la désincarnation croient pouvoir préserver l'essence du sujet sur un support informatique, inventant une immortalité numérique. Les partisans des biotechnologies espèrent atteindre la libération des contraintes du corps, par la manipulation des gènes et les prothèses bio-numériques.

 

Il n'est donc pas surprenant que de nombreuses œuvres dans le champ de la littérature numérique problématisent la relation de l'ADN au code informatique pour interroger une pensée anti-matérialiste hantée par le désir de transcoder l'humain en langage machine. Cette dernière repose sur le postulat d'une langue universelle, transcendant Babel à l'instar des mathématiques : l'écriture serait dès lors envisagée comme l'inscription d'un chiffre ésotérique, et non plus l'expression de la subjectivité. De telles théories se nourrissent de la tentation de penser sans corps, d'un fantasme de désincarnation que récuse formellement Jean-François Lyotard dans l'Inhumain. Elles entendent également se dispenser de la riche variété des langues naturelles et des complexités de la traduction, lesquelles éclairent pourtant le fonctionnement de l'esprit et la manière dont nous faisons monde commun.

 

Dans le champ de la littérature et des arts, on pourra s'interroger ainsi sur l'élaboration de la subjectivité du lecteur ou de l'auteur face au code, et de la mise en place d'expériences hybrides corps/code. Le codework par exemple, hybridation du code informatique et des langues naturelles, vise à créer un texte poétique susceptible d'habiter des deux côtés de la frontière linguistique qui les sépare, c'est-à-dire qui pourrait être lu par l'homme et exécuté par la machine. La réalité augmentée, en usage dans les jeux vidéo ou lors d'opérations militaires, est un autre exemple du re-formatage de notre expérience du monde.

 

La dissémination du code au travers de presque toutes les facettes de notre vie - dans l'écriture, dans les interactions sociales, au sein des théories scientifiques comme des fantasmes collectifs - est un événement d'une telle ampleur qu'il est urgent d'examiner les formes qu'elle prend, d'évaluer l'influence qu'elle a sur notre subjectivité et d'engager un travail critique.

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